Marc Lévy : « New York, une ville qui m’est rentrée dans la peau »

C’est à deux pas de chez lui, dans ce quartier de West Village où il a posé ses valises depuis une dizaine d’années, que Marc Levy a évoqué son New York. Pour Fantrippers, le plus américain des auteurs français s’est livré, avec éloquence et gourmandise, durant près d’une heure et demie. Quand il s’agit d’évoquer la Grosse Pomme, l’auteur de Si c’était à refaire est intarissable.

Pourquoi avoir choisi de nous donner rendez-vous devant le Mary’s Fish Camp, un restaurant du West Village au demeurant fréquenté par Andrew Stilman, l’un de vos personnages ?

Parce que c’est mon quartier, un quartier assez atypique. La plupart des gens qui visitent New York passent souvent à côté. Quand ils le découvrent cet îlot, ils sont assez étonnés, car il ne ressemble en rien au reste de la ville. C’est un des plus vieux quartiers de la ville, puisque c’est là que les Hollandais, qui s’étaient initialement installés à la pointe de Tribeca, se sont réfugiés pour fuir une épidémie de choléra. C’est un quartier chargé de beaucoup d’histoire et de choses qui, moi, me passionnent, comme l’histoire du jazz. C’est un quartier cinématographiquement assez riche, avec un grand nombre de films et de scènes cultes qui y ont été tournés. Enfin, c’est un quartier que j’ai aussi beaucoup utilisé dans mes romans.

Quel est votre tout premier souvenir de New York ?

On est en 1977, ou 78. Je remontais la côte Est des Etats-Unis en voiture et en stop, avec une copine de ma sœur et son petit ami. On est arrivé ici et, en 77, New York est une ville encore plus en contraste avec l’Europe et la France d’où je viens. C’est une ville assez violente, super crade et totalement déjantée. Et c’est un choc énorme quand vous arrivez d’une ville « musée » comme Paris. Le Paris de 77 était pourtant un Paris de façades assez noires, mais c’est quand même la ville des Lumières. Ici, c’était extrêmement déjanté.

Déjanté à quel point ?

Je me souviens des premières incursions qu’on a faites dans les rues du Meatpacking District, où se trouvaient les bars les plus fous et donc ceux où on voulait aller. Il était hors de question de sortir tout seul du bar pour aller chercher un taxi dans la rue. Il fallait sortir à plusieurs, c’était extrêmement dangereux… et fascinant en même temps.

Il y avait également des climatiseurs à toutes les fenêtres, qui faisaient un boucan d’enfer ; toute la ville ronronnait, vrombissait. On avait l’impression de débarquer dans une vraie jungle urbaine. C’était encore une époque très « nine to five » aussi, tout le monde arrivait au bureau à neuf heures et tout le monde en repartait à cinq. Et quand vous étiez Uptown, vous ne pouviez même pas marcher sur les trottoirs. Il y avait ces marées humaines, un trottoir montant, un trottoir descendant. Marcher à contresens était plus difficile que de chercher une grande vague sur une planche de surf en Australie !

C’était une ville assez folle. Tout était absolument incroyable de non-conformisme, d’inattendu, et tout pouvait arriver. Il y a des choses qui, aujourd’hui à New York, ne peuvent plus arriver. Et dans un sens, tant mieux.

A quoi songez-vous ?

La violence immédiate faisait partie du quotidien. Vous pouviez assister à un règlement de comptes dans la rue. Emprunter le métro la nuit était un truc de dingue. Enfin, il y avait des quartiers entiers qu’il était exclu de traverser, de jour comme de nuit. Le gospel de Harlem, le dimanche, était une expédition qui ne se faisait pas sans être accompagné. Aujourd’hui, il y a encore des balles perdues qui sifflent dans les rues, mais la ville est plus policée, elle a été nettoyée et débarrassée d’une grande partie de sa violence endémique.

A New York, tout est possible entend-on souvent. Comment cela se traduit-il au quotidien ?

Personne ne se soucie de l’apparence et cela va au-delà du genre. Juste à côté de là où nous nous trouvons, il y a une épicerie, je l’ai d’ailleurs mise dans un de mes romans. Un jour que j’y prenais un café, je vois passer deux guerriers africains en pagne, avec des boucliers très colorés, des lances et des coiffes. Je me retourne vers l’épicier et lui demande : « C’est quoi ça ? ». Il regarde par la vitrine et me répond : « C’est quoi quoi ? ». Lui ne les voyait pas détonner dans le paysage. C’est très caractéristique de l’esprit de cette ville, « vous êtes ce que vous voulez ».

Quand on parle de ce quartier, il y a aussi, près d’ici, le lieu où est né le mouvement LGBT, à la suite d’un refus d’obtempérer à la police, lors d’un contrôle d’identité. Lieu qui a d’ailleurs été consacré monument historique par l’ancien président Obama, et le dernier en date à porter le titre (sourires). Ce qui reste immuable à New York, c’est cet appétit de différences, cette diversité et cette volonté spécifique à cette ville d’avoir fait ce pari fou de constituer une identité, l’identité new yorkaise, à partir d’un patchwork d’autres identités.

Dans la plus grande partie du monde, l’intégration passe par une assimilation. Vous êtes le bienvenu à condition que vous vous fondiez dans le paysage social, urbain et culturel. Ici, on vous interdirait presque de gommer votre différence. Vous êtes Français, Allemand, Espagnol ou Brésilien, restez ce que vous êtes, mais ensemble, on va construire. Là où, dans un grand nombre d’endroits, les nationalistes considèrent que l’arrivée d’une culture étrangère provoque un appauvrissement de la culture source, originelle, ici, c’est le contraire. Il y a une vraie envie de Tour de Babel. Ce n’est pas ta nationalité qui compte, c’est ce que tu fais. Si tu es bon dans ton domaine, tu nous intéresses. Et si en plus, tu peux nous apprendre des choses, ça va d’autant plus enrichir notre culture.

Est-ce ce que vous recherchiez quand vous avez choisi de vous établir à New York, il y a dix ans ?

Totalement. J’ai eu cette envie là quand j’avais dix-sept ans. Avoir dix-sept ans en 1978, en France, c’est vivre dans un pays où, du corps professoral au corps politique en passant par le corps scientifique, on dit d’abord que ce n’est pas possible et puis on verra ensuite. Quand vous arrivez à New York, c’est le contraire. Moi, j’étais très à l’étroit dans ce monde des pas possibles, j’étais déjà assez shooté à l’imaginaire et au besoin de rêver, et pas au sens doux rêveur.

A 17 ans, vous ressentez le besoin de tourner le dos à ce monde sclérosé. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de faire le grand saut ?

La vie. J’étais papa très jeune et je n’avais pas un rond, il fallait donc bosser. Il y a eu une première expérience où j’ai pu vivre six ans en Californie pour y travailler, mais quand ça s’est arrêté, il a fallu retourner à la réalité. Je suis donc reparti sur les chantiers et les chantiers, ils étaient plutôt à Créteil qu’à New York. Et puis, on ne s’installe pas comme ça. Je l’avoue, ça a été un luxe de venir vivre ici. Avec le fait d’avoir pu travailler à la maison et de voir mes enfants grandir, ça a été un des plus beaux cadeaux que la vie m’a apporté.

Pourquoi vous être établi dans le West Village ?

On n’arrive jamais quelque part complètement par hasard. Il y a un chemin qui nous y a amené. Je pense que j’avais une vision très idéalisée et très fantasmée de l’Amérique quand j’étais jeune, quand j’avais dix-huit ans, parce que les Américains nous avaient sauvés la vie. Pour quelqu’un qui a dix-huit ans aujourd’hui, la deuxième guerre mondiale appartient à un autre siècle. Nous, on a grandi dans son spectre et les Américains étaient ceux qui nous avaient sauvé deux fois la vie : en 1914-18 et en 1939-45. Encore plus quand vous vous appelez Levy, et encore plus quand votre père a été dans la Résistance.

Quand j’avais dix ans, mon père avait pris sa 404, m’avait fait monter à l’arrière, et on avait roulé pendant deux heures jusqu’à un cimetière américain en Normandie. Avec beaucoup d’amour, beaucoup de tendresse, il m’a expliqué qu’il y avait plus de neuf mille six cents tombes à cet endroit-là. On a marché dans les allées et il m’a demandé de regarder les dates de naissance et de décès, puis de calculer l’âge des gens enterrés. En sortant du cimetière, il m’a dit : « Tu sais, ils sont tous morts pour que toi, tu sois libre, ne l’oublie jamais ». A dix ans, ça résonne.

Tout ça pour vous dire que ce qui m’a intéressé avant tout, ce sont les gens. Le pays me fascinait, sa littérature, sa peinture, sa culture me fascinaient. J’étais fou de littérature américaine. Alors pourquoi ici ? Parce que c’est l’Amérique ! C’est un quartier rempli de gueules cassées, de vieux artistes. On y croise des gens de tous âges, de toutes origines, de toutes nationalités. C’est un quartier à l’image de ce fameux rêve américain de la diversité, qui a su tout à la fois avancer dans le temps et rester très fidèle à ses origines.

Immeuble où habite Andrew Stilman.

L'immeuble d'Andrew Stilman.

Vous n’étiez pas encore installé à New York lorsque vous avez écrit Où es-tu ? Avez-vous ressenti un décalage entre le New York que l’écrivain imaginait et la ville que vous avez découvert et qui constitue aujourd’hui votre quotidien ?

Non, parce que New York a cette particularité d’être une ville se retrouvant fréquemment au cœur de la littérature. Pour peu qu’on soit accro de littérature anglo-saxonne, on peut la visiter en permanence dans ses évolutions au travers des livres. Et puis, au moment d’écrire Où es-tu ?, je suis revenu faire mes repérages.

Plus jeune, j’ai englouti une bonne partie de mes économies pour venir ici. Et j’avais quelques copains, qui sont maintenant des amis de très longue date, qui avaient ce même grain de folie. On était attiré, comme des surfeurs finissent par se reconnaître entre eux parce qu’ils sont attirés par tel spot. Il y avait une fédération sentimentale autour de cette ville. On se retrouvait dans ce café de Soho, aujourd’hui disparu, avec un bout de terrasse sur les anciens quais de livraison. On était plein de jeunes à se retrouver là-bas le dimanche au moment du brunch. Il y avait une chanteuse de jazz qui venait chanter, à moitié nue et totalement en décalage avec l’horaire (sourires), extrêmement sensuelle, une espèce de Mistigri de La Nouvelle-Orléans sorti d’on ne sait où…

C’est une ville qui m’est rentrée dans la peau et je la connais beaucoup mieux aujourd’hui que je ne connais Paris. J’ai été passionné par ce pays et par cette ville toute ma vie.

New York apparaît dans bon nombre de vos romans. Est-ce naturel d’en faire le décor de vos intrigues ?

Je vous dirais même que je me freine, que je me retiens… Vous avez des auteurs qui, tous les ans, tous les deux ans ou à intervalles très réguliers, reviennent avec un roman qui est dans le même genre, avec le même personnage principal et dans la même tessiture, et c’est normal. Mais si vous faites cinq ou six romans qui se passent au même endroit, on va vous accuser de vous répéter, c’est comme ça, il y a des a priori. Donc, oui, je me suis freiné, je me suis retenu et, en même temps, c’est hyper paresseux, et donc jouissif. Vous vous doutez bien qu’au niveau recherches, je ne me suis pas énervé ; pour aller sur les lieux du crime, je n’avais pas besoin d’aller très loin (sourires).

Le bar de l'hôtel Marriott où Andrew Stilman a ses habitudes.

Vous avez fait le choix d’ancrer vos histoires dans des lieux existants. Qu’est-ce qui l’a motivé ?

Le meilleur moyen d’ancrer une fiction, c’est de l’ancrer dans la réalité. Ça ne veut pas dire que je m’amuserais pas un jour à créer. D’ailleurs je l’avais fait avec Le voleur d’ombres, où les lieux n’existent pas, n’ont pas de marquage, même si dans ma tête je me remémorais certains territoires de mon enfance.

On ne choisit pas le décor d’une histoire sans que celui-ci n’ait un petit lien, un rapport avec elle. Si vous écrivez La belle au bois dormant et que vous lui enlevez le château, c’est plus dur. Ce qui est intéressant, c’est quand l’histoire du lieu entre en résonnance avec votre propre histoire. Quand j’ai écrit Elle et Lui, j’ai volontairement mis le restaurant de la meilleure amie de Mia à Montmartre ; l’idée, c’était de prendre les plus gros clichés et le pari d’écriture, de ne jamais tomber dedans.

Quels sont vos endroits préférés à New York, hors ce quartier ?

J’adore aller au Chelsea Farmers Market. Je suis hyper gourmand, j’adore la nourriture et j’adore cuisiner. A part le week-end où il est infréquentable, en semaine, c’est un endroit vraiment génial. Quand je travaillais à Moscou en 1993, je ne ratais jamais le marché le dimanche. Ce sont des lieux de vie où vous côtoyez de vrais habitants, où vous pouvez vous débarrasser des clichés. En discutant avec les gens, vous apprendrez mille et une choses que vous ne trouverez dans aucun guide.

Je pourrais aussi vous citer quarante adresses de bistrot, parce que ça tourne à New York. Ce qui est passionnant ici, ce sont les gens que vous allez rencontrer. La population new yorkaise est en mouvement permanent et ce qui est important, c’est de percevoir la vitesse du vent et le sens de la vague. Et si vous avez envie de rencontrer des New Yorkais, allez-vous promener sur les quais de l’Hudson River le samedi ou le dimanche.

Les berges de l'Hudson River où Andrew Stilman fait son jogging quotidien.

Comment expliquez-vous, en tant qu’auteur, que cette ville inspire autant ?

Cette ville fascine parce qu’elle est la démonstration vivante que toutes les peurs véhiculées par les partisans du conservatisme et de l’immobilisme ne valent rien. Vous avez 163 communautés et ethnies différentes qui cohabitent sur cette île. C’est la ville de toutes les tolérances et, contrairement à ce que vous diront les ultra-conservateurs, qui n’est pas pour autant devenue une Sodome et Gomorrhe. C’est une ville de tolérance et de cohabitation.

Vous avez évoqué les auteurs américains qui ont pu vous inspirer. Y a t-il des auteurs new yorkais, voire des cinéastes ou des musiciens qui constituent des influences fortes ?

Paul Auster, même s’il vous dira qu’il est de Brooklyn (sourires). Assez étrangement, je n’en vois pas d’autres qui se qualifieraient comme étant new yorkais. Un cinéaste ? La liste est infinie. Depuis Taxi Driver, le cinéma n’a jamais cessé de filmer New York. Là où je trouve que New York se voit le mieux, c’est dans les comédies de genre.

Il me faut citer les films d’Amos Kollek, des films assez intimistes à trois, quatre, cinq personnages, des films qui faisaient entrer les gens derrière les fenêtres des appartements. C’était un cinéma où l’on voyait à peu près toutes les couches de la société se côtoyer et se rencontrer à un moment donné. Là, on en apprenait plus que dans les films qui « montraient » la ville. Une scène bien filmée dans un restaurant huppé de l’Upper West Side est capable de vous montrer le bourgeois de l’Upper West Side, la serveuse, le plongeur et le chauffeur de taxi qui amène les gens. Et si ces personnages se mettent à parler et interagissent, vous avez une perception de la ville qui a cent fois la valeur d’un plan sur l’Empire State Building.

Les images du métro de Serpico, du métro aérien qui remonte vers Harlem, des vieux taxis, on s’en est tellement imprégné que j’ai entendu plein de fois des touristes arriver dans cette ville et s’exclamer « c’est exactement comme dans les films » et ne pas être surpris de ce qu’ils découvraient. Le cinéma qui vous apprend cette ville, c’est le cinéma qui tourne derrière les façades de ces immeubles.

Si le New York d’aujourd’hui était un film, quel serait-il ?

Il n’est pas encore sorti. Ce n’est pas pour faire une réponse plus futée que la question, c’est seulement que cette ville est en mouvement. Elle a radicalement changé depuis 2001. Elle a encore changé énormément pendant la mandature de Giuliani, s’est encore modifiée sous Bloomberg. Donc, le film qui la montrera le mieux ne sortira qu’à la rentrée. En même temps, en disant cela, et pour être franc, ça fait deux-trois ans que je n’ai pas vu un film de genre qui soit une très bonne photographie du New York urbain.

Le Taxi Driver que vous avez cité nourrit-il votre imaginaire ?

Non. Je vis ici depuis trop longtemps pour que mon imaginaire reste ancré dans cette époque. Mais le fait d’avoir connu le New York de Taxi Driver a pu m’aider. Dans La dernière des Stanfield, mon dernier roman, il y a un passage qui se passe à New York dans les années 50. Je n’étais pas né, loin s’en faut, mais j’ai retrouvé des odeurs parce qu’en allant puiser dans ma mémoire les odeurs du New York de 1977, je me suis souvenu aussi des gens que je rencontrais alors et qui, eux, connaissaient déjà la ville depuis vingt ans. Quand vous vivez dans une ville, il n’y a plus de carte postale. Je serais plus en danger si j’écrivais un bouquin qui se passe à Paris, même si j’y retourne assez souvent.

Vous avez évoqué les transformations de la ville. D’aucun lui reprochent désormais son caractère aseptisé. Quel regard portez-vous sur cette évolution ?

Le côté aseptisé, malheureusement, est propre à la gentrification de toutes les grandes métropoles. Je trouve, par exemple, que Paris est en train de devenir hyper aseptisée. New York reste une ville très crade par rapport à Paris, dans tous les sens du terme. Bien sûr qu’il y a des quartiers qui se sont énormément gentrifiés, mais je fais très attention au « avant, c’était mieux ». C’est un piège assez dangereux. Je ne suis pas sûr qu’avant, c’était mieux.

Avant, à sept heures du soir, vous ne traversiez plus le Meatpacking District. Là, la high line qui a été restaurée, c’est quand même pas mal. Alors, oui, il y a eu un paquet de vieux buildings que j’aurais aimé voir toujours debout et qui ont été remplacés par de plus modernes, mais n’est-ce pas ça la vie et l’évolution ? Et puis, je trouve que la ville s’en sort plutôt bien. Il y a un renouveau architectural qui est assez passionnant… et qui côtoie un délabrement général des infrastructures. La mairie a une exigence architecturale très forte et, en même temps, fait preuve d’une négligence totale dans le quotidien des usagers. Le métro est dans un état inimaginable, il est préhistorique, les rues sont défoncées, mais c’est cette diversité, cette espèce de folie qui rend cette ville assez passionnante.

Votre héros, Andrew Stilman, est reporter au New York Times. Vous avez, pour cette vénérable institution, un attachement particulier…

Quand j’ai écrit Si c’était à refaire, on était encore loin des années Trump (le livre est paru en 2003, ndlr), mais j’avais déjà très fortement en moi cette voix qui me parlait de l’importance symbolique de ce lieu. Pour moi, aujourd’hui, c’est un temple de la démocratie, un de ses remparts. Vous avez, comme ça, des lieux dont la pierre est chargée d’une histoire et qui s’imprègne d’une symbolique assez forte. Le New York Times représente, pour moi, le temple de l’information. Les derniers à se battre contre la corruption, le mensonge, les dérives autoritaires de la société, ce sont les journalistes et je n’ai pas attendu qu’on ait Trump, Erdogan ou Poutine pour le savoir.

Le New York Times, "le temple de la démocratie" pour Marc Lévy.

Comment New York, justement, a-t-elle réagi à l’élection de Donald Trump ?

A New York, vous avez beaucoup de gens qui considèrent que ça ne durera pas et qui s’en fichent. Vous avez ce fatalisme américain qui consiste à dire, « oh, ce n’est pas grave, il va faire le mariole trois ans et après, il va s’en aller. On en a vu d’autres. Tu te souviens de Nixon, de la guerre du Vietnam, de Khrouchtchev, de Reagan, du moment où on a failli s’envoyer des missiles, de la baie des cochons… »

La grande force de ce pays, qui vient contrebalancer ses excès terrifiants, c’est sa capacité d’autocritique assez incroyable, ce qu’on a beaucoup de mal à faire en Europe. Regardez le temps qu’il a fallu au gouvernement français pour reconnaître son implication dans la déportation. Donc oui, vous avez beaucoup de New Yorkais qui se disent que ce n’est pas grave. Ce sont d’ailleurs souvent les mêmes qui croyaient à l’impeachment rapide, avant de se rendre compte que c’est plus compliqué que ça.

> Retrouvez le New York de Marc Lévy dans le Guide New York des 1000 lieux cultes de films, séries, romans, BD, musiques.




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